Cycle 02 — Impérialisme fossile
Pétrole et Sable
08 février 2026
Paris
Objectif du texte
Ce texte propose une présentation comparative du commerce du sable et du pétrole, deux piliers de l'économie mondiale aux fonctionnements distincts. Il s'agit de déconstruire le récit occidental dominant, à la fois en analysant la réalité matérielle de l'extractivisme et en replaçant l'analyse du point de vue des luttes du Sud et des peuples autochtones.
Éléments de l’analyse
Le sable est le matériau de base de la construction (béton, verre) et surtout de l'électronique. La consommation mondiale est massive : il s’agit du deuxième produit naturel le plus consommé après l’eau. Il est également utilisé pour faire du fracking (fracturation hydraulique) afin d’extraire le pétrole des schistes argileux. On l’emploie également pour augmenter la superficie terrestre par poldérisation, en particulier à Singapour.
Le pétrole brut est l’un des biens les plus exportés au monde en termes de valeur. L'industrie pétrolière est historiquement liée à la colonisation. Elle a entraîné la destruction de l'environnement et la disparition des formes d'activités traditionnelles. Contrairement à l’extraction de sable, la composition organique du capital dans l’extraction du pétrole (c’est-à-dire l’importance des machines dans la production) est beaucoup plus élevée. Les États-Unis sont désormais le premier producteur mondial. L’exploitation de ces deux ressources implique de penser les transports comme un enjeu stratégique. Comme l’histoire d’Aristote Onassis le montre, la monopolisation du transport maritime a été l’objet d’un conflit entre armateurs et industries pétrolières. Les pipelines sont aussi un élément crucial du transport. Leur construction entraîne souvent non seulement une dégradation de l’environnement mais également une déstabilisation politique des zones traversées, comme l’illustre en particulier l’histoire syrienne.
Un processus de financiarisation du pétrole a accompagné les différentes crises rencontrées par sa production (chocs pétroliers, pandémie de Covid). Cette financiarisation a permis aux États-Unis de rétablir un certain contrôle sur les prix et de surmonter les différents obstacles que peut la production du pétrole peut rencontrer comme les résistances des peuples autochtones et les nationalisations des pays producteurs. Le prix du baril devient décorrélé de la réalité physique de la production. C'est un prix financier avant d'être un prix industriel.
Il s’agit alors de sortir du récit eurocentré qui explique la transition vers le néolibéralisme par des causes internes au Nord et de mettre au centre les luttes révolutionnaires des pays du Sud comme moteur de l'histoire économique. Il faut donc reconnaître la souveraineté des pays du Sud sur leurs ressources et lutter contre la colonisation et l’impérialisme qui permettent leur exploitation par le pays du centre. Bilan critique
Ce texte qui mobilise des éléments intéressants, mais reste parfois allusif sur l’articulation entre les deux marchés et sur plusieurs aspects de l’extraction du sable et du pétrole.
Il est néanmoins intéressant en cela qu’il permet de montrer que le passage du keynésianisme au néolibéralisme n'est pas seulement une réponse à une crise interne du Centre : il s’agit d'abord d’une tentative de réponse aux défis posés par les luttes de décolonisation au Sud. Les chocs pétroliers, c’est-à-dire les crise économiques provoquées par l’augmentation soudaine des prix du pétrole en 1973 et 1979, suite à la guerre du Kippour et à la Révolution iranienne, en particulier, sont arrivés comme un coup supplémentaire dans le cercueil du fordisme. Les matières premières ont donc eu un rôle décisif dans la crise du modèle industriel occidental des années 1970. Le néolibéralisme émerge ainsi comme une réponse à une crise, qui est elle-même engendrée par l'affirmation du Sud (notamment via les chocs pétroliers de l'OPEP). La financiarisation est donc une réponse directe aux nationalisations des ressources opérées par les pays du Sud. Elle permet de ramener le profit vers les centres financiers (Wall Street, la City), malgré la délocalisation de la production. Le pétrole conserve néanmoins une spécificité par rapport au sable : son prix est unique car il détermine une grande partie des autres prix dans l'économie. Devenu une variable financière, il peut exploser ou s'effondrer. De plus, le prix du baril peut faire disparaître la force de travail, ce qui est beaucoup moins le cas pour le sable. D’ailleurs, il n'existe pas de prix mondial unique pour le sable, contrairement au pétrole, car c'est un marché plus local. La financiarisation du pétrole crée des risques d'inflation (surveillés par la Banque Centrale Européenne), exagère les taux de chômage et alimente les migrations.
Il ne faut pas pour autant oublier que le secteur de la construction a été essentiel pour sortir de la crise de 2008 : le sable a été central dans la relance par le bâtiment.