Cycle 02 — Impérialisme fossile
Israël fossile
11 janvier 2026
Paris
Objectif du texte
Ce texte d’Andreas Malm a pour but de démontrer que l’émergence de l’économie fossile mondiale est indissociable de la violence impérialiste au Proche-Orient et donc aussi de la colonisation de la Palestine. Sa thèse centrale est qu’il ne s’agit pas d’une simple série d’événements, mais d’une structure : l’impérialisme britannique, puis étasunien, a soutenu et encouragé le projet d’une colonie sioniste dans la région afin d’en faciliter le contrôle et l’exploitation des ressources fossiles, en utilisant précisément la puissance fournie par ces mêmes énergies.
Arguments principaux
Le texte s’ouvre sur l’analyse de la bataille d’Acre en 1840. Ce conflit, qui voit le Royaume-Uni déployer pour la première fois des navires à vapeur contre l’armée d’Ibrahim Pacha, est fondateur car il illustre l’imposition de la volonté impériale britannique grâce à la supériorité énergétique procurée par les combustibles fossiles.
L’origine du conflit remonte à la politique autonome de Méhémet Ali, qui cherchait à faire de l’Égypte une puissance industrielle productrice de coton. Cette ambition entre en contradiction avec les intérêts britanniques, qui rejettent le protectionnisme égyptien – ayant besoin de débouchés pour leur propre industrie cotonnière – et redoutent qu’une émancipation de l’Égypte affaiblisse l’Empire ottoman et renforce indirectement l’Empire russe. La même année 1840, des personnalités de l’Empire britannique évoquent pour la première fois l’idée d’une colonisation de la Palestine par les Juifs. Deux arguments sont avancés : d’une part, l’idée que les Juifs pourraient « mettre en valeur » une terre considérée comme peu productive (construisant ainsi le mythe d’« une terre sans peuple pour un peuple sans terre ») ; d’autre part, une motivation religieuse et eschatologique (et… antisémite), selon laquelle le rassemblement des Juifs en Palestine et leur conversion au christianisme hâteraient la seconde venue du Christ.
Au XXe siècle, le pétrole succède au charbon comme source d’énergie fossile dominante, mais la logique impérialiste demeure. Il s’agit de contrôler les grands gisements pétroliers régionaux, et l’État d’Israël est perçu comme un allié indispensable à cette fin.Ainsi, le soutien impérial au projet sioniste (acté en 1917, 1947 et 1967) n’est pas une coïncidence, mais le produit d’une « structure », d’une logique inhérente à l’impérialisme lui-même.
L’intégration profonde d’Israël dans ce système d’accumulation fossile se manifeste notamment par les accords d’Abraham de 2020. Par ces traités, les Émirats arabes unis et Bahreïn normalisent leurs relations avec l’État sioniste, ouvrant la voie à des échanges commerciaux et à une convergence des capitaux du Golfe et israéliens autour des profits générés par la production de pétrole et de gaz. Bilan critique du texte
Le texte met d’abord en lumière le lien étroit entre impérialisme et énergies fossiles. Non seulement le charbon, puis le pétrole, permettent de déployer la puissance militaire nécessaire pour écraser toute résistance, mais ils deviennent également l’enjeu central d’une compétition vitale pour le maintien du statut de puissance impériale.
Il a également le mérite de montrer que le soutien britannique et américain au projet sioniste ne relève pas d’un travail de lobbying (discours souvent proche d’une logique conspirationniste), mais procède d’un projet impérial structurel visant à contrôler les ressources fossiles du Proche-Orient.
En ce qui concerne le conflit de 1840 entre Méhémet Ali et l’Empire britannique, on peut se poser la question de savoir si la politique de l’Égypte, combinant protectionnisme pour développer son industrie cotonnière et conquête militaire du charbon syro-palestinien, est impérialiste et si on peut parler d’« impérialisme secondaire ». La discussion menée a apporté une réponse négative : dans la mesure où l’Égypte de l’époque n’est pas un État capitaliste et que son expansionnisme n’est pas motivé par une surproduction, on ne peut le qualifier d’impérialiste au sens strict du terme.