Intervention · 04.11.2026
Face à la crise du bloc bourgeois adoptons une stratégie anti-impérialiste
Depuis plus d'un mois, un mouvement social de grande ampleur secoue la France. Dans les lycées du 93, la jeunesse a su mener une lutte intense et efficace contre la dégradation des conditions d'enseignement et la sélection de classe symbolisée par Parcoursup. À cette mobilisation inédite s'est greffé, dès le 17 octobre, un soulèvement spontané contre l'effondrement du pouvoir d'achat, ravagé par une inflation record. Le 5 novembre, la fonction publique entre à son tour en grève pour exiger une augmentation générale des salaires.
Dans cette situation, le macronisme se confronte à un dilemme dans lequel il est sommé de répondre à des revendications, en particulier du mouvement lycéen, mais pour lequel il est inenvisageable de dépenser quoi que ce soit de plus, comme l'affirmait le ministre des finances au Financial Times. Cette situation de double contrainte explique bien davantage la fébrilité du pouvoir macroniste que la question de la "sécurité", ou plus exactement celle de l'auto-réduction et de la mise en échec tactique de la police lors du 17 octobre. La crise politique actuelle tire sa source de la dislocation du bloc bourgeois et de l'abandon de ce dernier par les marchés financiers, et le mouvement en cours est le dernier clou dans le cercueil du macronisme. La reprise des blocages de lycées ce lundi matin montre bien que personne n'est dupe de l'incapacité de l’exécutif à proposer quoi que ce soit qui ne soit pas un tour de passe-passe.
La France n'est pas une exception : aux quatre coins de l'Europe, le conflit social est de retour. En Espagne, la grave crise du logement a déclenché de massives mobilisations qui débouchent aujourd'hui sur l'appel à une grève générale le 11 novembre. En Allemagne, de premiers rassemblements Gen Z ont eu lieu ce week-end dans plus de 30 villes pour protester contre la misère des écoles, la vie chère et le service militaire largement discuté dans l'actualité allemande. En Suisse, Halloween a été l’occasion d'affrontements inédits à Zürich et Bâle. En Italie, après plusieurs samedis d'émeutes inspirées du modèle français, une grève massive a paralysé le pays le vendredi 30 octobre.
Le cas italien est particulièrement stratégique. Cette grève a été appelée par un syndicat de lutte anticapitaliste, l'USB, autour d'un mot d'ordre anti-impérialiste clair : « Non à la vie chère et au réarmement ». En coordonnant cette date avec la Deuxième journée internationale d'action contre le trafic d'armes — durant laquelle un réseau mondial de dockers a bloqué les ports pour empêcher la livraison d'armes, notamment vers Israël —, le syndicat a réussi à généraliser la lutte anti-impérialiste à l'ensemble de la société. En jetant plus d'un million de personnes dans la rue, la grève a infligé au capitalisme italien une perte estimée à plus de 817 millions d'euros par le propre patronat du pays. Les mots d’ordre anti-impérialistes parviennent à mobiliser très largement en Italie comme ce fut le cas lors de la journée grève de septembre 2025 "Blocchiamo tutto" qui fut une impressionnante réussite. Cette dynamique s'est en outre manifestée par un vaste journée de blocage de l'économie de guerre par les dockers de la méditerranée le 30 octobre.
L'exemple des camarades italiens démontre que les conflits sociaux actuels ne sont pas de simples crises nationales, mais les conséquences directes d'une restructuration géopolitique globale. Il faut rappeler que sous couvert d'"économie de guerre", l'État français finance désormais davantage l'Armée que l'Éducation nationale, actant la casse programmée de nos écoles. Cette militarisation des budgets, souvent justifiée par la nécessité de faire face à la “guerre hybride” russe, répond en réalité à une injonction des États-Unis (et de l'OTAN) remontant à l'ère Obama. L'impérialisme américain réoriente ses forces et somme les impérialistes européens d'augmenter leur contribution financière pour protéger les intérêts du capital transatlantique.
De même, l'inflation qui étrangle les classes populaires européennes n'est pas une fatalité naturelle : elle est la conséquence directe de l'agression militaire étasunienne et israélienne contre l'Iran, qui a entraîné le blocage du détroit d'Ormuz et l'explosion des prix de l'énergie. Ce choc inflationniste est d'ailleurs loin d'être répercuté sur les produits de consommation finale et se combinera en Europe aux conséquences de l'été infernal pour les récoltes.
Le capital, sous hégémonie étasunienne, tente de maintenir sa domination par la force. Comme toujours, il entend faire payer le coût de cette guerre aux peuples. De ce point de vue, nous saluons la justesse de la lutte des camarades italiens, qui rend explicite le lien entre la dégradation de nos conditions de vie au centre et les guerres impérialistes à la périphérie. Cette situation montre également selon nous la nécessité du renforcement de la cohérence d'un bloc populaire aujourd'hui, certes pour faire face à la répression, mais surtout pour être en mesure de construire une stratégie face à la crise du bloc bourgeois.