Intervention · 08.10.2026

Contre un avenir de guerre et de precarite : soutenir le mouvement lyceen et etudiant.

Depuis plusieurs semaines, un mouvement lycéen parti des établissements populaires de banlieue parisienne s’étend à l’ensemble du pays et à l'enseignement supdérieur. Manque de professeurs et de personnels, classes surchargées, bâtiments délabrés, inégalités entre centres-villes et périphéries, sélection sociale injuste et opaque par Parcoursup : loin de se mobiliser contre une réforme particulière, les lycéens mettent directement en cause leurs conditions d’études et réclament davantage de moyens pour l’école publique. La journée de mobilisation du 6 octobre, qui a réuni 450 000 manifestants dans toute la France et vu converger lycéens, étudiants, enseignants et parents d'élève, a confirmé l'ampleur nationale du mouvement et son élargissement à d'autres secteurs de la société.

L’État macroniste a immédiatement appliqué la méthode Thatcher : miser exclusivement sur une répression dure, en guise de réponse politique, pour tenter de condamner toute protestation à l'impuissance et au désespoir. Le nombre d'interpellations et de gardes à vue, principalement de mineurs, dépasse déjà en cadence celui observé durant la période des Gilets jaunes, l'insurrection populaire suite à la mort de Nahel ou le dernier mouvement contre la réforme des retraites. Les nombreuses blessures, humiliations et mutilations sur des adolescents, provoquées par une police sadique entièrement dévouée à la protection du capital et de la suprématie blanche, se sont vues encouragées autant par les paniques bourgeoises qui se sont répandues dans les médias français que par le commentariat raciste des réseaux sociaux, surboosté au slop techno-fasciste états-unien.

Cortège de récits complotistes : de l'entourage de Sébastien Lecornu dénonçant la manipulation du mouvement par « LFI et ses proxys de l'ultragauche », à Nora Bussigny cherchant la main des Frères musulmans derrière la contestation ; jusqu'à leur maître à penser, Donald J. Trump lui-même, offrant la version chimiquement pure de ce délire : « Il ne s'agit pas des écoles, il s'agit de l'islam qui veut s'emparer d'un pays autrefois grand ! ». Le refoulé colonial apparait aujourd'hui parfaitement libéré dans le défoulement que subissent, en particulier, les enfants de l'immigration et des fractions les plus exploitées des classes populaires. Les lycéens ne s'y trompent pas : les discriminations scolaires, racistes et les violences policières ne constituent pas, pour eux, des questions séparées.

Le caractère offensif de ce mouvement est inédit, au sens où il n'est pas la répétition des mobilisations défensives qui ont marqué les dernières décennies - contre telle réforme, pour le retrait de tel texte - mais surgit des conditions matérielles concrètes et immédiates des lycéens, qui expriment un désir de changement radical s'étendant aux structures profondes de la société. Cette radicalité n'arrive pas de nulle part : elle est une réponse à l'extrémisme libéral qui gouverne.

Au beau milieu d'une crise de l'énergie, le gouvernement Lecornu vient de présenter un nouveau projet de budget qui n'est rien d'autre qu'un plan d'austérité massif – presque un plan d'ajustement structurel. Sous prétexte de réduire le déficit public et de rassurer les marchés financiers, il prévoit de nouvelles économies sur les dépenses sociales, notamment dans la santé et les retraites, ainsi que des restrictions sur certaines prestations. L'augmentation des moyens consacrés à l'éducation demeure insuffisante pour répondre aux besoins exprimés par les personnels et les élèves. Au nom de la dette, dont le service absorbe une part croissante des ressources de l'État, et qui est présentée comme une contrainte indépassable, on comprime les dépenses publiques.

Cette prétendue absence de marges de manœuvre contraste pourtant avec la poursuite d'une politique de soutien massif au capital. Depuis le CICE, transformé en allègements pérennes de cotisations patronales, la fuite d'argent public vers les entreprises privées n'a cessé d'augmenter, à hauteur de 211 milliards d'euros en 2023 d'après une commission d'enquête sénatoriale. Les moyens consacrés à la guerre connaissent également une augmentation historique. Entre 2015 et 2027, le budget annuel de la Défense aura doublé, passant de 31,4 à 63,3 milliards d’euros. Cette évolution prolonge une tendance de fond : depuis le début du siècle, les dépenses militaro-sécuritaires progressent beaucoup plus rapidement que les dépenses d’enseignement. Et cette réorientation n'est pas sans contrepartie : le gouvernement a explicitement choisi de financer l'augmentation des dépenses militaires par une ponction sur les dépenses sociales et d'infrastructures.

Évolution des dépenses des ministères (2023-2026) en % :

Graphique 4 - Évolution des dépenses des ministères (2023-2026) en %

Pendant que les lycéens manifestaient, Macron assistait à des tests de missiles.

Cette accélération s’inscrit dans un mouvement général de réarmement des puissances de l’OTAN : réunis à La Haye en 2025 sous pression états-unienne, ses États membres se sont engagés à porter à 5 % du PIB leurs dépenses de défense et de sécurité d’ici 2035, dont au moins 3,5 % pour les dépenses militaires proprement dites. Alors même que le gouvernement invoque la nécessité de réduire les dépenses publiques, les derniers budgets obéissent à cette logique en faisant exploser le budget de la défense.

La guerre n'est plus une perspective abstraite, et figure en bonne place parmi les préoccupation énumérées par les jeunes mobilisés. Aux Beaux-Arts de Paris, par exemple, les étudiants disent refuser « un avenir de guerre et de précarité ». La question de la Palestine, surtout, occupe une place de premier plan chez les jeunes mobilisés, en banlieue comme dans les centres-villes, comme en témoignent les nombreuses références - keffieh, drapeaux, slogans - à la solidarité avec le peuple palestinien. Cette articulation entre revendications scolaires et préoccupations internationales témoigne du haut niveau de conscience d'une génération qui s'est politisée devant la destruction de Gaza et la complicité du personnel politique et médiatique français avec le génocide.

La guerre est aussi un nouvelle modalité de mise au pas de la jeunesse, alors que l'État entend faire de l'école un terrain privilégié de la préparation à la guerre. Plus de 1 200 « classes de défense et de sécurité globales », associant établissements scolaires et forces armées ou de sécurité, concernent déjà plus de 32 000 élèves ; le ministère veut désormais en doubler le nombre. Depuis cette rentrée existent également des « classes de défense et de cohésion nationale », avec des temps spécifiquement consacrés aux questions militaires dans l’emploi du temps des lycéens volontaires. Ces dispositifs s'ajoutent au développement de l'éducation à la défense et à la création d'un nouveau service national militaire. Nous écrivions déjà, en novembre dernier, que la militarisation préparait les populations à « tolérer l’économie de guerre » et les coupes dans les services publics. La mobilisation actuelle, si elle ne s'est pas aussi explicitement saisie de la question, donne à cette contradiction une expression concrète : la jeunesse à laquelle on refuse des moyens pour étudier est la même que l’on entreprend de préparer matériellement et idéologiquement à la guerre.

Les guerres impérialistes ont un prix très concret, déjà payé par les classes populaires. L'agression meurtrière menée par les États-Unis et Israël contre l’Iran a provoqué la hausse du prix du pétrole et la perturbation de l'approvisionnement en produits raffinés, alimentant les poussées inflationnistes. Le coût de la guerre se retrouve ainsi dans les prix de l'énergie, des transports, du chauffage et, au bout de la chaîne, dans celui de toutes les marchandises. Les mêmes classes populaires auxquelles on impose l'austérité pour financer le réarmement paient donc également, dans leur vie quotidienne, l'inflation produite par les guerres impérialistes.

La mobilisation lycéenne et étudiante, partie des conditions d'études immédiates, articule spontanément les thématiques scolaires, sécuritaires, raciales et impérialistes, parmi d'autres telles que l'écologie ou l'impact de l'IA sur le marché du travail. Ne parlons pas d'une génération dont le futur paraît bouché : c'est contre le présent que les jeunes protestent. Un présent de pauvreté, de racisme et de militarisation, où rien n'est à espérer de leurs dirigeants, sinon des coups de matraques. Lorsqu'on leur promet la guerre et la misère, les lycéens ont le courage de se battre pour un autre monde.

Soutenons-les, aujourd'hui et à l'avenir. Quant aux autres : rendez-vous le 17 octobre.

Lignes anti-impérialistes