Intervention · 15.07.2026

L'Amérique Latine reste écrasée par le talon de fer des USA

L’échec manifeste de la guerre étatsunienne en Iran a conduit à de nombreuses annonces de la fin de la domination américaine, et de l’affaiblissement de la première puissance mondiale.

Cependant, en Amérique latine, la situation apparaît bien différente. Les Etats-Unis y resserrent leur emprise, mettant fin à un cycle d’avancées de forces anti-impérialistes tout en donnant libre cours aux tendances les plus réactionnaires et les plus inféodées.

Progression électorale du suprémacisme

Au Pérou, la fille de l’ancien dictateur Fujimori était donnée perdante avant de devancer de quelques milliers de voix le candidat de gauche, uniquement grâce aux votes de l’étranger. Elle incarne les intérêts d’une classe compradore obsédée par sa distinction culturelle et raciale vis-à-vis des autochtones, perçus comme arriérés.

Fujimori fille reprend l’héritage de son père, qui a organisé les stérilisations de masse des populations indigènes et paysannes dans le cadre d’un plan de réduction de la pauvreté réclamée par les USA.

En Colombie, De la Espriella, de nationalité étatsunienne et pur produit de l’idéologie MAGA, promet de bombarder les paysans qui cultivent la coca. Ayant été l’avocat des narcotrafiquants, ses annoncent laissent présager des conséquences désastreuses pour l’Amazonie et les populations rurales plutôt que pour le crime organisé.

De la Espriella entend également servir de sous-traitant aux États-Unis dans leur politique migratoire criminelle, à l’instar du système concentrationnaire mis à disposition de l’ICE par Bukele au Salvador. Ces élections sont marquées par des ingérences étatsuniennes. On peut repenser aux récentes élections argentines, où Trump a conditionné les aides financières au maintien au pouvoir de Milei. A l’inverse, les gouvernements de gauche sont explicitement menacés par les États-Unis. Où est la démocratie, quand élire un candidat menace un pays d’intervention armée ?

Concessions et recul des forces antiimpérialistes

Au Venezuela, la vice-présidente Delcy Rodríguez (au pouvoir depuis la capture de Maduro) a dû faire d’importantes concessions aux États-Unis, notamment sur la production de pétrole et en arrêtant le soutien à Cuba. Profitant du tremblement de terre, les États-Unis essaient de gagner une bonne image en envoyant de l’aide.

Les États-Unis cherchent, avec le cynisme qui les caractérise, à faire oublier une décennie de sanctions qui a mis fin au développement du pays, provoqué des pénuries meurtrières, et qui est aujourd’hui en grande partie responsable de l’incapacité de l’État vénézuélien à faire face aux conséquences techniques et sociales du séisme.

Autre conséquence du coup contre Maduro, Cuba concède l’ouverture au capital des entreprises et la possibilité de créer des banques privées, ainsi qu’une série d’autres mesures, dont la fin de l’allocation universelle remplacée par un système plus modeste de protection sociale. Ce recul (présenté comme tactique par le gouvernement) vise à répondre à la crise humanitaire sans précédent que subit le pays du fait de son isolement désormais complet à cause des sanctions US, dans un pays où la mortalité infantile a été multipliée par deux depuis les nouvelles sanctions de 2026 (selon l’ONU).

Il reste très improbable que ces concessions à l’impérialisme suffisent à arrêter les États-Unis, favorables au renversement du régime dans l’île.

En Bolivie, l’éclatement du Movimiento Al Socialismo dans des batailles internes désastreuses et la crise d’un modèle social basé essentiellement sur la redistribution des gains de l’extractivisme ont fait passer le pays à droite.

Le pouvoir accomplit des réformes néolibérales visant à supprimer le cadre de protection légale de la petite propriété paysanne. La classe ouvrière et paysanne bolivienne, qui reste l’une des plus organisées au monde, résiste à ces réformes grâce à la constitution d’un véritable pouvoir populaire que l’armée tente de briser avec le soutien des milices fascisantes pro-américaines qui avaient participé au putsch contre Morales en 2019.

Le pouvoir accomplit des réformes néolibérales visant à supprimer le cadre de protection légale de la petite propriété paysanne. La classe ouvrière et paysanne bolivienne, qui reste l’une des plus organisées au monde, résiste à ces réformes grâce à la constitution d’un véritable pouvoir populaire que l’armée tente de briser avec le soutien des milices fascisantes pro-américaines qui avaient participé au putsch contre Morales en 2019.

La responsabilité des gauches libérales : le Pérou comme cas d’école.

Le cas péruvien est très marquant. L’élection rejoue la division entre une côte urbanisée, plus blanche, dont l’économie est tournée vers l’exportation, et l’intérieur du pays, notamment les Andes, où subsistent des formes de petite paysannerie en partie communautaire. La côte est culturellement plus proche de l’Occident ; par exemple, l’usage des langues natives y est très faible. Cette opposition travaille les mouvements sociaux, les organisations politiques et les résultats électoraux.

C’est l’intérieur qui a permis l’élection en 2021 de Castillo, leader syndicaliste issu des communautés paysannes. Trahi par une partie de la gauche, il est destitué en 2022 dans ce qui s’apparente à un coup d’État légal. En 2026, le candidat de gauche radicale qu’il soutient, Sanchez, fait à nouveau des scores presque anecdotiques sur la côte mais est porté au second tour par l’intérieur du pays, en particulier les zones rurales.

La gauche n’est pas absente de la côte, mais elle est représentée par des forces axées sur le libéralisme politique (défense de l’État de droit, des libertés individuelles), qui se tiennent à distance de ce qui peut apparaître comme du socialisme, du nationalisme indigène et de l’anti-impérialisme. Cette gauche a refusé de soutenir Castillo lors de son renversement (voire y a contribué) et rechigné à rallier Sanchez au deuxième tour de 2026 pour faire face à l’extrême droite, renvoyant dos à dos Fujimori et la gauche indigène.

Le prétexte est le même qu’à l’époque où elle a soutenu le coup d’État contre Castillo : la gauche radicale ne respecterait pas la constitution héritée de Fujimori père et serait trop conservatrice, notamment car Castillo est jugé conservateur sur les questions de genre.

Un monstre sur le palier : la difficulté de tout développement autonome.

S’il existe des alternatives à la vassalisation, elles demeurent instables. Au Brésil, le gouvernement du Parti des Travailleurs a été renversé en 2016 dans un contexte de remise en cause du compromis social par la classe dominante (notamment les politiques de hausse des salaires à un moment où la productivité était en recul).

Après la tentative de putsch de Bolsonaro en 2023 saluée par Trump, le retour du PT au pouvoir s’appuie sur un bloc social très instable : la bourgeoisie nationale qui le soutient ne s’appuie pas sur un véritable projet industriel développementiste mais sur une économie financiarisée et extractive. Ce positionnement explique une certaine lâcheté sur des enjeux internationaux. De même au Mexique, la proximité et la dépendance aux USA impose une politique mesurée sur ces enjeux.

Il faut donc relativiser les analyses qui font des Etats-Unis une puissance affaiblie. En effet, les USA ont encore une puissance énorme, qu’ils emploient pour lutter contre l’importation de capitaux et les accords avec la Chine. En 2025, c’est sous menaces des USA que le Panama à du rompre ses accords commerciaux et de gestion portuaire avec la Chine. Ce changement de doctrine d’un empire blessé se traduit par une intensification de sa brutalité sur ce qu’il considère comme son pré carré.

C’est aussi la volonté réactionnaire de détruire les modèles développement et d’unité en Amérique Latine. Ce renforcement de la violence impériale est à comprendre dans la phase de contestation de l’empire américain, face à son concurrent chinois et suite à sa défaite contre l’Iran.